Pays Rhénan – Environnement – Des chauves-souris pour faire la guerre aux moustiques

Deux blockhaus situés à Dalhunden et Auenheim ont été réaménagés en lieux de repos pour les chauves-souris. Objectif : diminuer la population des moustiques qui pullulent en été.

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Dès les premières chaleurs de l’été, les moustiques empoisonnent la vie des habitants de la bande rhénane, dont les nombreuses zones humides se transforment en gîtes de production ( DNA du 24 juillet). Ça tombe bien, les chauves-souris, insectivores, en raffolent. « En une nuit, un individu mange la moitié de son poids en insectes et peut en ingérer jusqu’à 60 000 par an », explique Jean-Martin Heck, chargé d’études environnement depuis un an au Syndicat de lutte contre les moustiques du Bas-Rhin (SLM 67).

Le problème, c’est que les mammifères nocturnes se font de plus en plus rares. « Ils trouvent de moins en moins de gîtes et de nourriture à cause de la disparition des insectes liée à l’usage des pesticides », souligne le naturaliste, qui a alors eu une idée pour le moins originale : réaménager d’anciens blockhaus pour leur fournir un habitat de qualité, à la fois sombre et humide, dans lequel ils pourront hiberner et se reproduire en toute tranquillité.

Le concept, qui a essaimé un peu partout en France, porte ses fruits :

« Avec l’association Eden 62 pour laquelle je travaillais comme garde nature dans le Nord, nous en avons réaménagé trois le long du littoral. Les travaux avaient eu lieu au printemps. L’hiver d’après, les chauves-souris étaient là. » Le concept a séduit les maires des communes environnantes. Aujourd’hui, une cinquantaine d’anciens ouvrages militaires font office de maisons de repos pour les chiroptères.

En Alsace, c’est lorsqu’il a découvert les nombreux vestiges de la Première et de la Seconde Guerre mondiale que l’idée a germé. « J’ai tout de suite fait le lien entre les moustiques et les chauves-souris, qui sont de véritables insecticides naturels », poursuit Jean-Martin Heck, qui avait d’ailleurs surpris une femelle en train d’allaiter son petit dans une casemate située à Leutenheim. Aussi, favoriser la présence de prédateurs naturels tels que les chauves-souris, les hirondelles, les libellules et les araignées permet de limiter l’utilisation du BTi, protéine certes naturelle utilisée par le SLM67, mais qui suscite beaucoup d’inquiétudes voire de controverses, comme ce fut le cas en Camargue*. Le projet a donc évidemment plu au syndicat. « C’est fantastique ! se réjouit Jean-Jacques Merkel, un des membres actifs. On donne une utilité à cette guirlande de bunkers à l’abandon et on intervient sur les moustiques adultes là où nous n’intervenons que sur les larves. C’est donc parfaitement complémentaire ! » Le Gepma (Groupe d’étude et de protection des mammifères d’Alsace) et le Cine (Centre d’initiation à la Nature et à l’Environnement) de Munchhausen, y ont été associés.

Deux monolithes de béton ont été choisis, l’un à Dalhunden, l’autre à Auenheim. Tous deux sont accessibles aux promeneurs, proches de zones humides (dont la Moder) et des habitations. « Selon la SFEPM**, les bunkers proches des villages ont plus de chances d’être occupés », ajoute le naturaliste.

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Panneaux pédagogiques

Les travaux ont démarré fin février par un nettoyage complet des ouvrages avec l’aide de bénévoles. Les ouvertures, portes et fenêtres, ont été réduites pour diminuer la luminosité et augmenter l’hygrométrie. Des portes métalliques ont été posées pour éviter les intrusions. Sur chacune d’elles, une découpe en forme de chauve-souris favorisera le passage des mammifères à l’intérieur. Tout comme les petites ouvertures de 20 centimètres creusées au-dessous, qui permettront également aux hérissons et aux amphibiens d’y trouver refuge. Des briques creuses, où les chauves-souris aiment se loger l’hiver, seront posées mi-avril.

À l’extérieur, des panneaux fourniront aux promeneurs des explications sur la morphologie des volatiles, leur régime alimentaire, leur cycle de vie, etc. Des projets pédagogiques avec les écoles et autres animations sont également prévus ( lire ci-dessous ). Après deux trois mois d’hibernation, les nouvelles habitantes de l’Uffried quitteront leur refuge pour faire le plein d’insectes et se constituer ainsi des réserves pour l’hiver. Il faut donc s’attendre à croiser quelques-unes l’été prochain, des pipistrelles communes et des Murins de Daubanton, les deux espèces les plus courantes dans la région, qui en compte vingt-trois.

* Le Bti (Bacillus thuringiensis israelensis), bio-insecticide utilisé depuis 2006 en Camargue pour éradiquer les moustiques aurait, d’après plusieurs études, un impact sur le reste de la chaîne alimentaire.

** Société française pour l’étude et la protection des mammifères

Des projets pédagogiques et une nuit de la chauve-souris

Ce projet a un triple objectif : préserver les espèces de chauves-souris menacées de disparition, diminuer la population des moustiques, leur met préféré, qui explose l’été, et sensibiliser les habitants. Les écoles des communes de Dalhunden et Auenheim ont donc été associées pour mener des projets avec le Cine de Munchhausen. Elles bénéficieront chacun, dès la semaine prochaine, d’un cycle de sept animations sur l’utilité des chauves-souris sur les biotopes ainsi que sur les moustiques et leurs prédateurs.

Les élèves réaliseront également des panneaux pédagogiques installés à proximité des blockhaus et participeront à la fabrication de gîtes estivaux en bois dont les planches seront prédécoupées par les élèves d’un lycée professionnel. Les nichoirs, qui porteront chacun le nom d’un élève, seront posés dans la forêt alluviale et dans les parcs et les jardins du territoire nord. Ils pourront permettre l’obtention du label « Refuge pour les chauve-souris » pour les communes membres du SLM67.

Le grand public aura quant à lui le privilège d’observer les mammifères d’un peu plus près, et même de les entendre, lors de la Nuit internationale de la chauve-souris qui aura lieu le 13 septembre 2019. Des détecteurs d’ultrasons seront utilisés pendant la sortie animée par le Gepma et organisée par le SLM67 et l’association Natur’lich de Betschdorf.

Objectif recherché par le président du syndicat, Jean-Michel Fetsch : sensibiliser le public, mais aussi l’ensemble des communes adhérentes, encouragées à reproduire la même chose chez elles. D’autant que le syndicat finance la plus grosse partie du projet. Il a déboursé 8 500 euros pour l’aménagement des blockhaus et les animations.

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Amies des agriculteurs

Les chauves-souris ne sont pas seulement friandes des moustiques, de vers aussi. Selon une étude menée aux États-Unis, en dévorant les parasites qui s’attaquent aux cultures, elles permettent à l’agriculture mondiale d’économiser plus d’1 milliard de dollars. Une partie d’un champ de maïs situé dans l’Illinois (nord des États-Unis) avait été recouverte d’un filet pour empêcher les chauves-souris de se nourrir du vers de l’épi du maïs. Cette zone avait subi 56 % de dégâts causés en plus par rapport au reste du champ. Au total, les chauves-souris ont permis d’accroître le rendement d’environ 1,4 %, soit plus d’1 milliard de dollars d’économisé au niveau mondial, ont calculé les chercheurs.