Défi sportif De Singapour à Strasbourg à vélo !

Ils n’étaient pas sportifs, ni grands voyageurs. Maxime, Auenheimois de 23 ans et son copain parisien Nicolas, 22 ans, sont rentrés, mi-juin, d’un périple de huit mois autour du monde à vélo, soit 12 000 kilomètres parcourus et 24 pays traversés.

De la Malaisie au col suisse du San Bernardino en passant par la jungle de Phong Nga, au Vietnam, Maxime et Nicolas ont vu les plus beaux paysages et l’envers de la « carte postale ».

Roadtrip

Les diplômes c’est bien, l’aventure c’est mieux. C’est un peu ce que se sont dit Maxime et Nicolas lorsqu’ils se sont rencontrés sur les bancs d’une grande école londonienne, en octobre 2016. Bac S en poche, trois années d’école d’ingénieur spécialité aéronautique, double diplôme en vue à la fin de l’année, les deux étudiants, alors âgés de 22 et 20 ans, ont un objectif : non pas décrocher un super-job à la sortie, mais vivre une expérience unique, « découvrir le monde et en apprendre un peu plus sur nous-mêmes, raconte Maxime. On a toujours fait ce que les gens attendaient de nous. Cette fois, on ne voulait pas suivre la voie royale mais faire quelque chose de grand, qui sort de l’ordinaire ».

Faire la fête sur une île, draguer les filles en dansant les pieds dans le sable jusqu’au petit matin ne les intéresse pas. Les deux gaillards veulent du défi, de l’adrénaline, du « dépaysement total ». Maxime rêvait de découvrir l’Asie et son camarade de promo, les pays nordiques. « On a commencé par lister tous les endroits qu’on voulait voir dans le monde en évitant la Birmanie et l’Afghanistan pour des questions de sécurité », explique Maxime. Parmi eux : le Temple d’Angkor au Cambodge, le Grand Bouddha de Leshan, en Chine, les caves du Vietnam, le Grand Bazar à Téhéran, Istanbul, Venise… Sur une carte, ils tracent leur itinéraire, de Singapour à la Norvège, en passant par la Chine, l’Inde, la Turquie et la Croatie, soit 12 000 kilomètres et 27 pays traversés… à vélo. Mais pas dans n’importe quelles conditions. Pour éviter la rudesse de l’hiver nordique, puis la mousson thaïlandaise et la chaleur écrasante de l’été indien, ils décident d’inverser le sens du trajet et de démarrer leur périple à l’autre bout du monde.

Après dix mois de préparation – itinéraire, budget (10 000 euros chacun), matériel de camping, drone et caméra GoPro pour les vidéos, trousse médicale, vaccins… – ils décollent de Londres le 27 septembre 2017. L’arrivée à Singapour, le lendemain, est « inoubliable » : « On l’appelle la ville amende, du coup, elle est très propre et les gens sont très respectueux. C’est une ville à couper le souffle, avec des gratte-ciel et des hôtels de luxe partout. On avait des étoiles plein les yeux… », se souvient Maxime.

Les vététistes poursuivent leur périple jusqu’en Thaïlande, au Cambodge, au Vietnam, au Laos et en Chine où ils restent chaque fois deux à trois semaines. Chaque escale est une découverte. Chaque pays traversé – une fois en ferry et deux fois en avion – est une rencontre avec une culture, une population, toujours « très accueillante », une ambiance singulière, des paysages grandioses. Leurs pays coup de cœur ? La Malaisie pour ses « plages paradisiaques », sa « diversité ethnique, chinoise et indienne, présente dans la nourriture et les lieux de culte » et son peuple « accueillant et joyeux » ; le Vietnam pour ses nombreux vestiges de guerre, la région des caves de Phong Nga « qui donne l’impression d’être perdu dans l’univers de Jurassic Park » et « les scènes mythiques d’embouteillages de scooters »… ou encore la Chine, Hong Kong plus particulièrement, pour son côté « jungle urbaine », « effervescent », « à la pointe de la technologie ».

Au fil de leurs pérégrinations, ils découvrent aussi l’envers de la « carte postale » : la pauvreté, la pollution et les détritus partout dans le sud de la Malaisie, le sentiment d’insécurité et les chiens errants dans la campagne thaïlandaise, les longues « traversées du désert » sans eau ni nourriture au Cambodge… Sans compter le climat, parfois hostile : des températures caniculaires suivies d’un violent orage qui noie leur barda en Malaisie, une tempête de neige qui leur gèle les pieds sur 100 km en Chine… Pas de quoi les décourager. « Quand tu voyages à vélo, tout est décuplé, les mauvais, comme les bons moments… », souligne le jeune homme.

Les fous de la pédale poursuivront la deuxième étape de leur road trip dans le continent indien, « la grosse surprise de ce voyage » : « L’Inde est un pays très difficile à traverser à vélo, les gens dépassent n’importe comment. En ville, il y a du monde partout, l’ambiance est oppressante, les gens vous observent beaucoup, sont très curieux. On s’est sentis très seuls. Là, j’ai hésité à arrêter… », confie-t-il. Et puis il y a la fatigue physique, les mollets qui flanchent après une journée de vélo : « À la fin, tu ne sens plus tes jambes, t’as de la crasse partout et tu fais tellement attention à la route que t’arrives même plus à réfléchir… »

Dix heures à l’aéroport…

Alors qu’ils s’apprêtent à quitter Dehli pour rejoindre Téhéran en avion, un problème de visa les retient dix heures à l’aéroport. « Il fallait payer 100 dollars, la Carte Bleue occidentale ne passait pas. On s’est fait escorter par la police iranienne jusqu’en Azerbaïdjan. On a perdu 200 euros chacun et deux semaines de vélo… », raconte Maxime. Après quelques jours à Bakou, la capitale, – « une ville magnifique qui ressemble beaucoup à Paris » –, les vététistes entament la troisième et dernière étape de leur aventure, en mars, de la Turquie à l’Allemagne en passant par la Grèce, le Monténégro, la Croatie, l’Italie ou encore l’Autriche. « Une étape plus calme, moins virevoltante, mais très intéressante, avec des paysages fous, surtout en Grèce. »

Leur périple prendra fin le 11 juin, lorsqu’ils arriveront au pont des Deux-Rives, à Strasbourg. Tant pis pour la Norvège, trop loin, trop coûteux. L’été sera consacré à la recherche d’un emploi. Maxime, qui dit avoir gagné en ouverture d’esprit et en autonomie, a rédigé ses CV en anglais.

Il était heureux, lorsqu’il est rentré, de retrouver sa famille et ses amis, mais il le sera deux fois plus si, pour la rentrée, il parvenait à décrocher un poste à… Hong Kong – il se verrait bien travailler dans les algorithmes de traitement de données pour un site de réservations touristiques, de comparateurs de coûts, etc. « Je ne voudrais pas aller là où je ne ferai pas des choses surprenantes. Et aujourd’hui, j’ai encore envie de me surprendre… », sourit-il.

Retrouvez toutes les photos et vidéos de Maxime et Nicolas sur la page Facebook : Never Bike Down.

L’étape indienne en vidéo, colorée, humaine et déconcertante.

Départ