Auenheim – Malgré son handicap, en cuisine à l’ambassade de France à Tokyo !

Louis Pernin, 22 ans, est commis de cuisine à l’ambassade de France à Tokyo. Souffrant d’un handicap proche de l’autisme, sa réussite est l’aboutissement d’un parcours du combattant pour lui, comme pour sa famille.

« Louis ne saura jamais lire », avait affirmé la directrice de l’école maternelle dans laquelle il était scolarisé. Atteint d’un handicap proche de l’autisme, Louis Pernin a aujourd’hui 22 ans et vient de signer son contrat d’embauche pour un poste de commis dans la prestigieuse cuisine de l’ambassade de France à Tokyo. Une victoire pour sa mère et pour l’ensemble de sa famille, originaire d’Auenheim.

Peu de temps après la naissance de Louis, le pédiatre s’inquiétait de son évolution. Il parlait et s’exprimait très peu. Il présentait également de nombreux retards de développement. « Mon petit bonhomme ne rentrait pas dans les cases », déplore sa mère Sophie Mockers-Schaffner. Pendant toute la scolarité de Louis, elle et son mari se sont battus pour que leur fils soit stimulé, au contact d’enfants non handicapés.

Il a fallu se battre et redoubler d’efforts pour y arriver

L’objectif était donc de l’inscrire dans des établissements ordinaires avec une auxiliaire de vie scolaire (AVS), en contact avec les autres enfants. Louis Pernin a passé un an dans une classe « normale », mais les maîtresses ont incité ses parents à le placer en institut spécialisé. « Je ne pouvais pas me résoudre à placer Louis dans un univers qui ne le tirait pas vers le haut », explique sa mère.

Louis a pourtant dû quitter le circuit scolaire traditionnel pour ce type d’établissement. Son parcours scolaire a été une alternance entre progression et régression, entre espoirs et désespoirs. « Avec le recul, je me rends compte à quel point les régressions furent bénéfiques au bon développement de Louis. Elles l’ont forcé à se battre et à redoubler d’efforts pour y arriver », explique Sophie Mockers-Schaffner.

En 2012, la nomination du père de Louis à Tokyo pour ses activités professionnelles a bouleversé la vie de la famille. Louis Pernin venait d’entrer au lycée de Saverne, dans une classe de CAP « agent polyvalent de restauration ». Pour obtenir son diplôme, il ne pouvait donc pas les suivre. Ainsi, ce sont ses grands-parents maternels qui l’ont hébergé et qui se sont occupés de lui pendant deux ans.

Des études réussies

Le CAP de Louis s’est bien passé. « Au départ, il semblait hors de la vie lycéenne mais chaque élève de sa classe, à sa manière, a accompli une démarche pour se rapprocher de lui », témoigne Daniel Muller, son enseignant référant au lycée Jules-Verne de Saverne.

Pour l’enseignant, les études de Louis dans cet établissement lui ont été bénéfiques et lui ont permis de mieux comprendre le « monde ordinaire » qui est peu à peu devenu le sien. Le jeune homme a passé deux années dans cet établissement et est même devenu délégué adjoint de sa classe.

Une fois son diplôme de CAP « agent polyvalent de restauration » obtenu, un nouveau défi d’ampleur attendait le jeune homme et sa mère, rentrée en Alsace pour l’été : trouver un travail.

Il a fallu faire le tour des établissements de service d’aide par le travail (Esat) du secteur. Ces établissements médico-sociaux ayant pour objectif l’insertion sociale et professionnelle des adultes handicapés ne présentaient néanmoins aucune perspective d’embauche pour Louis Pernin.

Le jeune homme a donc accompagné sa mère à Tokyo. « Je voulais lui trouver un petit boulot, quelques heures par semaine. Mais, ce n’est pas facile dans un pays où l’on ne parle quasiment pas français », explique Sophie Mockers-Schaffner.

Cette situation devait être provisoire. Louis Pernin devait retourner en France à la fin de son visa touristique. Mais, au bout de deux semaines, la chance a tourné : il a décroché un essai avec le chef de cuisine de l’ambassade de France de Tokyo, Sébastien Martin. Après seulement quelques jours, le cuisinier a pris le jeune commis de cuisine sous son aile et a proposé de l’intégrer dans son équipe, une fois son visa obtenu.

Un rythme de travail soutenu

Après avoir fait ses premiers pas, Louis s’est vite adapté à la cadence soutenue du travail en cuisine. Après deux mois de démarches administratives délicates, il a enfin obtenu son visa et a signé, un an et demi plus tard, son premier contrat de travail grâce au soutien de l’ambassadeur Thierry Dana et de Sébastien Martin.

« Je suis très heureux que l’on ait pu aboutir au recrutement de Louis. Il apporte une vraie contribution à l’équipe de cuisine avec une motivation et un engagement remarquable », affirme le chef de cette cuisine prestigieuse. Louis Pernin vit désormais à Tokyo entouré d’une équipe franco-japonaise.

Louis Pernin